musiques engagées

 

Black, brown and white (1951) – Big Bill Broonzi

 

This little song that i'm singin' about,
People you know it's true
If you're black and gotta work for a living,
This is what they will say to you,
They says, "if you's white, you's alright,
If you's brown, stick around,
But as you's black, hmm brother, get back, get back, get back"
I was in a place one night
They was all having fun
They was all buyin' beer and wine,
But they would not sell me none
Me and a white man was working side by side
This is what it meant
They was paying him a dollar an hour,
And they was giving me fifty cents.
I went to an employment office,
Got a number 'n' I got in line
They called everybody's number,
But they never did call mine
Now i want you to tell me brother,
What you gonna do about the old jim crow?

 

 

Traduction :

Cette petite chanson que je suis en train de chanter évoque la réalité 

Si tu es noir et que tu travailles pour survivre, 

Voilà ce qu'ils vont te dire, 

Ils disent, « Si t'es blanc, t'es un mec bien,

 si t'es café au lait, bouge pas,

 mais si t'es noir, mon vieux, dégage, dégage,dégage » 

J'étais dans un coin une nuit 

Ils prenaient tous du bon temps 

Ils achetaient tous de la bière et du vin, 

Mais à moi, ils ne voulaient rien me vendre 

Un blanc et moi, on travaillait côte à côte 

Voilà ce que ça voulait dire : Ils le payaient un dollar à l'heure 

Et moi, cinquante cents 

Je suis allé dans un bureau d'embauche, 

avec un numéro et je fis la queue 

Ils appelèrent tous les numéros, 

Mais le mien ne fut jamais appelé 

Maintenant peux-tu me dire quand en finira-t-on avec Jim Crow ?

 

    Certes, la plupart des chansons conte les misères qui affectent les chanteurs, pourtant certains thèmes ouvertement politiques sont parfois évoqués directement. C'est le cas de cette chanson , Black, brown and white de Big Bill Broonzy. Dans le refrain, le blues man dénonce les discriminations dont les Noirs Américains sont les victimes : « Si tu es noir, dégage ! ». Dans le dernier couplet, l'auteur se demande «quand en finira-t-on avec Jim Crow ? ». En effet, dès la fin du XIXème siècle, les Noirs Américains furent soumis à un système dégradant de ségrégation totale. Ces lois Jim Crow doivent leur nom à un personnage populaire des ministrel shows, ces spectacles dans lesquels des blancs, déguisés en noirs, chantaient des ballades folkloriques, dans le sud des Etats-Unis. 

    Big Bill Broonzy est l'un des bluesmen les plus connus. Au lendemain de la guerre, il est le premier grand bluesman à se rendre en Europe où il est présenté comme le « dernier bluesman vivant ». A l'occasion de son voyage à Paris en 1951, il enregistre ce morceau qui dénonce avec force le racisme dont sont alors victimes les noirs dans la vie de tous les jours.

 

 

 

 

Alabama Blues (1966) – JB Lenoir

 

I never will go back to Alabama, that is not the place for me
You know they killed my sister and my brother,
and the whole world let them peoples go down there free

I never will love Alabama, Alabama seem to never have loved poor me
Oh God I wish you would rise up one day,
lead my peoples to the land of pea'

My brother was taken up for my mother, and a police officer shot him down
I can't help but to sit down and cry sometime,
think about how my poor brother lost his life

Alabama, Alabama, why you wanna be so mean
You got my people behind a barbwire fence,
now you tryin' to take my freedom away from me

 

Traduction :

 

Je ne retournerai jamais en Alabama, ce n'est pas un endroit pour moi
Vous savez ils ont tué ma soeur et mon frère
Et le monde entier a laissé ces gens là libres

Je n'aimerai jamais l'Alabama, l'Alabama semble ne m'avoir jamais aimé pauvre de moi
Oh Mon Dieu j'espère que vous vous réveillerez un jour
Pour emmener mon peuple vers une terre de paix.


Mon frère a été arraché à ma mère et l'officier de police l'a abattu
Je ne peux m'empêcher de m'asseoir et de pleurer parfois
En pensant comment mon pauvre frère a perdu la vie


Alabama, Alabama Pourquoi es tu donc si méprisable
Tu enfermais mon peuple derrière des barbelés
Et maintenant tu essayes de me prendre ma liberté

 

 

Alors que l'état fédéral vient d'adopter deux grandes lois en faveur des droits civiques, dans les États du Sud, une majorité des populations blanches reste farouchement opposée aux lois adoptés à Washington. La popularité du gouverneur de l'Alabama, George Wallace, le prouve. Ce dernier a pour slogan : « Ségrégation aujourd'hui, ségrégation demain, ségrégation toujours ». Lenoir donne en réponse a ce slogan un titre qui dénonce le racisme ordinaire du Sud des États-Unis, il s'agit de l'un des titres les plus déchirants jamais écrit sur la condition des noirs aux États-Unis .

 

 

 

 

 

Strange fruit – Billie Holiday

 

Southern trees bear a strange fruit,

Blood on the leaves and blood at the root,

Black bodies swinging in the southern breeze,

 Strange fruit hanging from the poplar trees.


 

Pastoral scene of the gallant south,

The bulging eyes en the twisted mouth,

Scent of magnolias, sweet and fresh,

The studden smell of burning flesh


 

Here ie the fruit for the crows to pluck,

For the rain to gather, for the winf to suck,

For the sun to rot, for the stress to drop,

Here is a strange and bitter crop.

 

Traduction :

Les arbres du Sud portent un fruit étrange, 

Du sang sur les feuilles et du sang à la racine, 

Des corps noirs se balançant dans la brise du Sud, 

Un fruit étrange pendant aux branches des peupliers.

 

Scène champêtre du brave Sud,

Yeux exhorbités et bouche tordue,

Senteur de magnolia, propre et fraîche,

Puis la puanteur de la chair brûlée.

 

Voici un fruit à cueillir pour les corbeaux,

A récolter par la pluie, à sucer par le vent,

A pourrir par le soleil, à laisser tomber par les feuilles,

Voici une étrange et amère récolte.

 

 

    Il dégage du texte le sentiment obsédant d'un malaise. Meereopol, l'auteur de ce texte, file la métaphore du fruit jusqu'à la putréfaction finale. Il fait de l'auditeur un observateur curieux. Dans un cadre bucolique, en apparence paisible, ce dernier est attiré par des formes étranges, puis très vite confronté à une scène effroyable. Planté au pied de l'arbre, il ne peut désormais plus détacher ses yeux des corps meurtris. 

    Cette chanson, interprétée par Billie Holiday, raconte le lynchage de Thomas Shipp et D'abram Smith, le 7 août 1930 à Marion, Indiana. Sortis de leur prison par une foule étant entrée par effraction à l'aide de masses, ils sont massacrés, puis pendus aux arbres. Toute la population assiste à la scène, tandis que des photographes prennent des clichés des cadavres pendus aux arbres. Certains d'entre eux seront ensuite édités en cartes postales. Les officiers de police présents dans la foule participèrent au lynchage.

    Cette chanteuse à la voix déchirante s'illustrait jusque là principalement dans un répertoire romantique ou joyeux. Son interprétation de Strange fruit confère à la chanson une dimension dramatique inédite.

 

 

    Remarques : Une ségrégation légale est mise en place dans les anciens états confédérés du Sud des États-Unis, elle est accompagnée de lois non écrites, de la mise en place d'une étiquette réglant les rapports interraciaux quotidiens. Cette étiquette impose aux Noirs un strict contrôle social fondé sur la violence terroriste dont le lynchage devient la pierre angulaire. 

 

 

 

 

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